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Talal Silo relate à l'AA les dessous de la relation entre Washington et le PYD/PKK

Dans une interview accordée à Anadolu, Talal Silo explique qu’aucun mécanisme de contrôle n’a été mis en place par l’administration américaine quant à l’utilisation des grandes quantités d’armes lourdes livrées au PYD/PKK.

Agence Anadolu (AA) : De quelle manière ont débuté vos relations avec le PKK ? 

Talel Silo (TS) : Le YPG à Afrin a adressé une invitation à « l’armée des Seldjoukides », groupe dont j’étais membre. Ceysul Suvvar, de « l’armée révolutionnaire » m’a proposé d’y participer, ce que j’ai fait. Le responsable du PKK à Afrin était Haci Ahmed Hudro. A la tête des Arabes, il y avait Abu Ali Berad et des Kurdes, Selah Cebbo. Moi j’étais responsable des Turkmènes. Je me suis rendu à Afrin au début du mois d’août 2015. J’y ai travaillé sous la responsabilité de Ceysul Suvvar. Mais, celui qui prenait les décisions c’était Hudro. Par la suite, ils m’ont informé que j’allais intégrer le FDS. Une première rencontre s’est déroulée en présence de Sahin Cilo, responsable régional du PKK. La réunion avec le FDS devait se dérouler le 15 octobre, mais Cilo m’a demandé de mentionner la date du 10 octobre comme date pour la première réunion, qui devait concrétiser la création du FDS. Lorsque j’ai demandé des explications, ils m’ont dit que des livraisons d’armes en provenance des Etats-Unis étaient prévues entre le 10 et le 15 octobre à Haseke et que la date a été reportée afin de permettre aux Américains de se justifier aux yeux de la Communauté internationale. Le FDS a été créé comme prétexte, pour que les Etats-Unis puissent dire, nous livrons des armes au FDS et non pas au YPG. 

AA : Le Commandant des Forces spéciales américaines, le général Raymond Thomas avait affirmé que le FDS a été créé dans le but de rendre plus crédible le YPG, une initiative qualifiée «d’intelligente» par ce dernier. Le FDS est-elle parvenue à se forger sa propre identité ? 

TS : Il s’agit juste d’un nom et rien d’autre. Nous recevions nos salaires et le reste du YPG. La vraie raison de la création du FDS, c’est les Etats-Unis. Le processus de création du FDS ressemblait plutôt a un simulacre. Ils ont parlé d’un regroupement de plusieurs entités, mais il n’en est rien. Conformément à la volonté des Américains, ce sont les Kurdes et le PKK qui dirigent le FDS. Cette entité a été lancée aux yeux du monde, comme une force libératrice et un rempart contre le terrorisme, mais nous avons constaté qu’il n’en était rien. Un accord entre les Etats-Unis et Cilo a facilité l’évacuation des membres de l’organisation terroriste de Daesh. Les populations de la région sont soumises à de fortes pressions, des maisons sont détruites. Le peuple est en panique, même ceux dans les camps ne sont pas épargnés. 
 

AA : Les Etats-Unis avaient affirmé, à une certaine époque, qu’ils livraient des armes aux Arabes et non pas au YPG. Cela était-il vrai ? 

TS : Au début, nous apposions juste notre signature sur les documents attestant la livraison des armes, documents fournis par les Américains. Mais, toutes les armes étaient livrées à un Kurde de Turquie prénommé Safkan, qui les entreposait dans un lieu tenu secret. Par exemple, lors de l’opération de Manbij, sur le papier, toutes les armes étaient livrées au leader d’origine arabe, Abu Amjed. Tout cela c’était du théâtre. Abu Amjed disait lui-même que sa seule fonction, c’était de signer des papiers. 

AA : Pourquoi les Américains ont-ils opté pour une telle méthode ? 

TS : C’est Brett McGurk qui est à l’origine de ces initiatives. Lors de l’opération de Raqqa, il a demandé à ce qu’une force soit créée sous l’appellation de «Coalition arabe», dont le rôle serait de signer les bons de livraisons d’armes. En fin de compte, d’énormes quantités d’armes ont été livrées. Seuls les Kurdes disposaient d’armes lourdes, les armes légères étant distribuées aux autres groupes. Les Américains étaient bien évidemment au courant de tout ce petit jeu qu’ils avaient mis en place pour dissimuler les livraisons d’armes au PKK. Mais, sur le terrain, tout le monde savait que les armes passaient entre les mains du PKK et du YPG. 

AA : Les Américains ont-ils mis en place un mécanisme de suivi et de contrôle de l’utilisation de ces armes ? 

TS : Les Américains se souciaient peu du suivi. Ils ne nous ont pas demandé une seule fois ce que nous faisions de ces armes. Dans l’équation mise en place par les Etats-Unis, il n’avait pas de place pour les Arabes, Turkmènes et Suryani. A l’époque d’Obama, le soutien militaire était plus limité. Il nous arrivait de recevoir des armes déjà utilisées, en mauvais état. Mais, avec l’arrivée au pouvoir de Trump, les choses se sont accélérées, des véhicules blindés ont été livrés. 

AA : Quel est le rôle joué par Sahin Cilo, dont le nom de code est Sahin Ferhad Abdi, inscrit sur la liste rouge des personnes recherchées par la Turquie, que l’on aperçoit sur des clichés avec des responsables Américains ? 

TS : Nous arrêtons les listes de nos besoins en armes et c’est Sahin Cilo qui les soumettait. Aucune information sur les quantités et la nature d’armes ne fuitait. 

AA : Qui dirige le FDS ? 

TS : En réalité, le FDS est dirigé par les Américains. Les élections sont faites pour la forme. Tout le monde sait que c’est Sahin Cilo qui dirige le FDS. Son adjoint est Kahraman, un des responsables du PKK et puis il y avait moi. Les membres du PKK sont placés à des postes clefs. 

AA : Quelles places occupent les membres du PKK parmi les cadres du FDS ? 

TS : Il existe une autorité placée au dessus de Cilo. Il s’agit de Bahoz Erdal qui lui-même reçoit ses ordres du mont Qandil (lieu où se trouve le QG du PKK, dans le Nord de l’Irak), c’est à dire de Sabri Ok. Une fois Bahoz Erdal rappelé par le mont Qandil, il a été remplacé par Nureddin Sofi. C’est lui qui donne les instructions à Cilo. A Afrin, les responsables du PKK/YPG sont Haci Ahmed Hudro, Mahmut Berhudan et pour la section féminine et c’est Nocin qui est aux commandes. La région est dirigée par Halil Tefdem qui reçoit ses ordres de Bahoz Erdal. A Manbij, un membre du PKK, İsmail Direk, assure la direction, et le responsable militaire est Cemil Mazlum. Le responsable à Raqqa est Hasan, qui vient directement d’Europe. A Deir ez-Zor, c’est Polat Can, également un des responsables du PKK. 
En raison de ma proximité avec Bahoz Erdal, j’avais été invité, une fois, à rencontrer Murat Karayilan au mont Qandil. Ils ont annulé la réunion à la dernière minute de peur qu’il n’y ait des fuites dans les médias. Le PKK a utilisé avec succès Salih Muslim et sa proximité avec les médias pour annoncer l’autonomie sans lui accorder la moindre responsabilité dans ce projet. 

AA: De combien d’hommes dispose le FDS ? 

TS : Environ 50 mille, hommes et femmes compris, composés à 70 % des membres du YPG et du YPJ (unités de féminines). En tant que Turkmènes, nous étions 65. Lors des opérations de Raqqa, 80 % des pertes ont été subies par les Arabes et 20 % des Kurdes. Les Arabes, qui sont présents en nombre, ont été induits en erreur en leur faisant miroiter de fausses promesses. Le YPG n’a jamais accepté de faire partie du FDS, agissant toujours en totale indépendance. Le FDS n’a pas d’existence réelle sur cette terre. 
 

AA : Quelles est la situation des occidentaux présents dans les rangs du YPG ? 

TS : Ils sont originaires de différents pays. Il y avait des femmes également parmi eux. Certains étaient là pour se faire de la publicité, comme le mannequin canadien. 

AA : Quel est le salaire des membres de l’organisation ? 

TS : Les membres touchent entre 170 et 200 dollars par mois. Les leaders ne touchaient pas de salaires. Ils étaient rémunérés par la contrebande et les pots-de-vin. 

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